Transition énergétique et accord sur l’électricité : une contribution à la résilience de la Suisse !


Si l’on concevait aujourd’hui un système énergétique entièrement nouveau, il n’y aurait pas d’hésitation sur la voie à suivre : le système serait basé sur de l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables et non sur des technologies de combustion. Tout le monde est en effet d’accord sur le fait que les applications électriques utilisent l’énergie de manière bien plus efficace. En même temps, l’énergie solaire et l’énergie éolienne comptent aujourd’hui dans de nombreuses régions parmi les formes les moins chères de production d’électricité.

Photo : Pete Streem

Selon l’Agence internationale de l’énergie, à l’échelle mondiale, les investissements dans les technologies et les infrastructures énergétiques « à faibles émissions » devraient atteindre 2 200 milliards de dollars en 2026. Concrètement, il s’agit d’investissements dans les énergies renouvelables, les réseaux, le stockage, l’efficacité, l’électrification, et pour une petite part également dans l’énergie nucléaire. C’est presque deux fois plus que les quelque 1 200 milliards de dollars qui seront toujours investis dans le pétrole, le gaz et le charbon en 2026.

Une forte dépendance vis-à-vis des énergies fossiles est synonyme de risque

Notre système énergétique actuel date d’un autre temps. Une grande partie de la consommation mondiale d’énergie se base toujours sur le pétrole et le gaz. La Suisse par exemple couvre près de 60 pour cent de sa consommation d’énergie finale avec des énergies fossiles, lesquelles sont importées presque en totalité, ce qui crée de fortes dépendances.

Cette énergie est principalement consommée sous forme de combustion, dans des moteurs, des systèmes de chauffage et des processus industriels. Pour de nombreuses applications, l’efficacité est bien moindre que des alternatives électriques. Pour le même service énergétique, l’énergie consommée par des pompes à chaleurs ou des moteurs électriques ne représente souvent qu’une fraction de celle des technologies de combustion.

La vraie question n’est donc plus de savoir si nous avons besoin d’une transition énergétique, mais pourquoi nous ne l’avons pas réalisée plus tôt. Cela tient principalement à l’histoire de notre système énergétique. Les infrastructures ont été construites et sont utilisées pendant des décennies, leur transformation est donc lente. De même, pendant longtemps, les énergies renouvelables ont été plus chères que les alternatives fossiles. Ce n’est que le développement massif des renouvelables à l’échelle mondiale qui a conduit à des baisses de coûts considérables ces dernières années. Le coût du photovoltaïque et des batteries lithium-ion a par exemple chuté d’environ 90 pour cent depuis 2010.

Au niveau mondial, l’électrification progresse

Aujourd’hui, pratiquement toutes les grandes économies investissent donc à grande vitesse dans l’électrification, en particulier dans les énergies renouvelables, les réseaux électriques, le stockage et l’efficacité. Selon l’Agence internationale de l’énergie, actuellement, dans de nombreuses régions du monde, la majeure partie des investissements réalisés dans les capacités de production d’électricité va vers les technologies à faibles émissions. Dans beaucoup de pays émergents et pays en développement, cette part représente déjà au moins 75 pour cent, et elle atteint même plus de 90 pour cent dans de nombreuses économies avancées.

En Chine, cette évolution est particulièrement impressionnante. La Chine considère que la décarbonation et la transformation du système énergétique font partie d’un « industrial upgrading » global qui améliore la sécurité de l’approvisionnement et la compétitivité. En 2025, la Chine a été le leader absolu en matière de technologies essentielles à la transition énergétique, ses investissements ont représenté environ 60 pour cent de la progression mondiale du photovoltaïque, 70 pour cent de celle de l’éolien et 60 pour cent de celle des batteries de stockage.

Un objectif clair pour la Suisse

La Suisse suit également cette trajectoire. En 2023, le peuple suisse a clairement dit oui à l’objectif zéro net d’ici 2050 et par conséquent à l’abandon des énergies fossiles. De nombreuses études de l’ETH et d’autres hautes écoles montrent la faisabilité technique et la viabilité économique d’un système énergétique neutre pour le climat. Mais dans le débat politique, l’accent est souvent mis sur les risques liés à la transition.

Or les atouts d’un système énergétique renouvelable sont bien plus importants qu’une simple contribution à la protection du climat. Un tel système renforce la résilience de l’économie suisse, réduit les dépendances vis-à-vis des importations d’énergie fossile et génère de nouvelles opportunités en matière d’innovation et de création de valeur. La structure décentralisée des nouvelles infrastructures énergétiques, qui est souvent présentée comme un défi, peut – au moyen d’un réseau intelligent – devenir l’un de ses principaux atouts : elle accroît la robustesse du système et diminue ses coûts à long terme.

C’est également l’avis des adhérents de swisscleantech : dans une enquête récente, environ 90 % d’entre eux ont indiqué qu’ils continuaient résolument à investir dans l’électrification et donc également dans la réduction des émissions de CO2, malgré les incertitudes économiques et géopolitiques.

L’accord sur l’électricité avec l’UE est un levier essentiel

Bien sûr, cette transformation demeure complexe. Il faut davantage de volonté de compromis, accélérer significativement le développement des énergies renouvelables, renforcer les investissements dans l’efficacité énergétique, des réseaux électriques performants et davantage de capacités de stockage. Une meilleure utilisation de la flexibilité – par exemple avec des tarifs de l’électricité dynamiques et une gestion intelligente de la part des consommateurs – est également importante.

L’intégration dans le marché européen de l’électricité reste aussi essentielle, en particulier durant les mois d’hiver. C’est là qu’intervient l’accord sur l’électricité avec l’UE. L’accord crée des conditions-cadre fiables pour les échanges d’électricité transfrontaliers et renforce la stabilité du système. L’accord sur l’électricité ne se substitue donc pas au développement de la production d’électricité en Suisse. Il permet au contraire son développement au meilleur coût et renforce le système. Sans un accès réglementé au marché européen de l’électricité, la transition énergétique en Suisse serait plus chère et également plus lente. Et l’UE a clairement indiqué qu’un statu quo n’était pas envisageable ; nous avons besoin d’un accord pour profiter du marché européen de l’électricité. Heureusement, la Commission de l’énergie du Conseil des États a elle-même reconnu l’importance de cet accord ; elle est récemment entrée en matière sur l’accord sur l’électricité afin de pouvoir commencer la discussion article par article sur la mise en œuvre en Suisse.

La transition énergétique et l’accord sur l’électricité ne sont pas deux projets distincts. Si l’on veut renforcer la sécurité de l’approvisionnement, la compétitivité et la protection du climat, il faut avancer simultanément sur deux fronts : le développement de la production d’électricité en Suisse et l’intégration institutionnelle de la Suisse dans le marché européen de l’électricité. La Suisse dispose du savoir-faire technologique, d’entreprises innovantes et de la puissance économique pour réussir cette transition. Ce qu’il faut désormais, ce sont des conditions-cadre politiques claires et la volonté d’avancer au rythme requis.

Le présent texte est paru le 4 juillet 2026 dans la page éditoriale du supplément FOKUS « Future of Energy » du Tages-Anzeiger.