« Initiative sur la durabilité » : une appellation trompeuse sans lien avec la protection du climat


L’initiative qualifiée d’« initiative sur la durabilité » par l’UDC Suisse promet de résoudre les problèmes environnementaux de la Suisse avec des arguments douteux. Si l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit vite que la limitation de la population ne contribuera en rien à la protection du climat à l’échelle mondiale, elle menacerait par contre les grands intérêts économiques et d’approvisionnement de la Suisse, en particulier les relations bilatérales avec l’UE et l’accord sur l’électricité dont le pays a un besoin urgent. Au lieu de promouvoir des solutions durables, l’initiative détourne notre attention face à l’action qui doit être réellement menée pour la protection du climat.

L’« initiative sur la durabilité » lancée par l’UDC veut donner l’impression qu’elle propose des solutions concrètes pour renforcer la protection du climat et préserver les ressources. Mais sa dénomination est mensongère. Il s’agit d’une appellation trompeuse classique qui explique des enjeux écologiques complexes par une cause simple, mais fausse : la taille de la population.

La durabilité n’est pas une affaire de taille de la population mais de consommation des ressources

La durabilité ne se mesure pas d’abord à la taille de la population mais à la consommation des ressources et aux émissions par habitant. Pour la protection du climat, ce qui est déterminant, c’est le mode de fonctionnement de l’économie, comment nous produisons et comment nous consommons – et non pas le nombre d’habitants du pays. Fixer une limite pour la population, c’est donc un peu court : c’est une mauvaise approche car cette limite masque les principaux facteurs à l’origine des émissions, à savoir la production d’énergie, la mobilité ou le parc immobilier. Elle n’offre par ailleurs aucune solution pour réduire notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Surtout, l’initiative omet de dire que la transformation durable de notre économie passera par l’innovation, l’efficacité et des adaptations structurelles des modèles économiques actuels – et non par un repli sur soi.

La protection du climat exige de l’ouverture, de l’innovation et une main d’œuvre qualifiée – pas un repli sur soi

La Suisse poursuit sa transition énergétique pour atteindre l’objectif zéro net d’ici 2050. Cela nécessite des investissements massifs dans les énergies renouvelables, l’électrification des transports et de la chaleur, un développement important des infrastructures et des innovations afin d’éliminer les émissions difficilement évitables par la capture et le stockage du CO2. Tout cela ne se fera qu’avec une main d’œuvre qualifiée qui, dans de nombreux secteurs, vient aussi de l’étranger. Une politique d’immigration aussi restrictive ne ferait qu’aggraver le manque actuel de personnel qualifié et par conséquent retarderait la transformation de notre économie.

L’initiative met en péril la voie bilatérale avec l’UE et l’accord sur l’électricité

Si l’initiative était acceptée, les conséquences seraient évidentes : lorsque la barre des 10 millions d’habitants permanents serait atteinte, la Suisse devrait dénoncer l’accord de libre-circulation avec l’UE, ce qui remettrait automatiquement en question les accords bilatéraux existants. Cela ne mettrait pas uniquement la politique migratoire sous pression, mais également les fondements mêmes des relations économiques et politiques avec l’UE et leur évolution future. Non seulement cela constituerait un risque économique, mais cela serait aussi désastreux pour l’approvisionnement en électricité de la Suisse. La Suisse est physiquement étroitement reliée au système électrique européen ; un accord sur l’électricité est donc impératif pour la sécurité de l’approvisionnement et pour réussir la transition énergétique.

Plutôt qu’un leurre, de véritables solutions climat compatibles

L’« initiative des 10 millions » nous détourne des véritables enjeux :

  • Elle réduit des problèmes environnementaux complexes à une simple variable : la taille de la population.
  • Elle ne réduit absolument pas les émissions de CO2 mais affaiblit une politique efficace de protection du climat.
  • Elle met en péril nos coopérations internationales qui sont essentielles pour la sécurité de l’approvisionnement de la Suisse.

La Suisse a inscrit les objectifs zéro net dans la loi ; ceux-ci doivent exploités comme une opportunité pour que notre économie demeure performante. Pour cela, la Suisse a toujours besoin de conditions-cadre fiables telles que celles qui l’ont caractérisée depuis des décennies : ouverture, capacité d’innovation et intégration internationale. L’acceptation de l’« initiative des 10 millions » remettrait imprudemment en question tous ces facteurs clés de réussite.